Le coronavirus (Covid-19) a fait son apparition en décembre 2019 dans la ville chinoise de Wuhan, située dans la province de Hubei (centre de la Chine). La propagation en cours indique que l’Amérique dans son ensemble représente, en ce mois de février 2021, le foyer principal de la pandémie (45 % des cas), suivie de l’Europe (34 %), l’Asie du Sud-Est ayant été reléguée à la troisième position (12 % des cas). Pris individuellement, les États-Unis, suivis de l’Inde et du Brésil enregistrent le plus grand nombre de personnes infectées. En Europe, la Russie, le Royaume-Uni, la France, l’Espagne, l’Italie, l’Allemagne et la Pologne, constituent les pays les plus touchés.

Le 16 février 2021, le bilan officiel de l'Organisation mondiale de la santé faisait état de 2.403.641 personnes décédées et de 108.822.960 personnes infectées. La propagation du virus continue à s’intensifier en dehors de la Chine : 108.721.399 personnes ont été infectées dans 195 pays, principalement aux États-Unis (27.309.503), en Inde (10.925.710), au Brésil (9.834.513), en Russie (4.099.323). En Europe occidentale, la pandémie a touché particulièrement le Royaume-Uni (4.047.847), la France (3.410.715), l’Espagne (3.086.286), l’Italie (2.729.223) et l’Allemagne (2.342.843) où l’on a enregistré respectivement 9.765, 4.099, 1.876, 7.344, et 3.856 nouveaux cas en 24 heures. 2.398.803 personnes ont succombé au virus en dehors de la Chine (soit 5.892 de plus en 24 heures).  

Alors que le nombre de nouveaux cas recensés en Chine a considérablement diminué, les bilans établis depuis le 26 février 2020 soulignent que le nombre de nouveaux cas par jour observé dans le reste du monde excède désormais celui de la Chine. Ainsi au 16 février 2021, on recensait respectivement 192.241 nouveaux cas pour le reste du monde et 25 cas pour la Chine. En Europe occidentale, comme déjà mentionné, le Royaume-Uni, l’Italie (confrontée à une population âgée) et la France sont particulièrement affectés avec respectivement 117.396, 93.835 et 81.801 personnes décédées des conséquences du virus au 16 février.

Toutefois, la Belgique se distingue avec un nombre de décès par millions d’habitants beaucoup plus élevé (1.873 décès par millions d’habitants) par rapport à l’Espagne, la France, l’Italie et les États-Unis qui affichent respectivement 1.400, 1.253, 1.552 et 1.452 décès au 16 février et par rapport à l’Inde (113) et à la Chine (3) qui présentent des nombres nettement plus faibles. Selon les dernières données du SPF Santé publique (17 février), 741.205 patients ont été testés positifs en Belgique. Le nombre de nouveaux cas par jour s’oriente à la baisse, après une période de hausse. La moyenne du nombre de nouveaux cas par jour (des 7 derniers jours, du 7 au 13 février 2021) s’établit à 1.786 (contre 2.215 précédemment), soit une baisse de 19 %. Le nombre de nouvelles hospitalisations (sur la période du 10 au 16 février) s’établit pour sa part en moyenne à 118,3 par jour (contre 127,6 précédemment), soit une diminution de 7 %.

L'impact du virus sur l'économie belge

L'impact économique se fera sentir par de multiples canaux. Pour contenir la propagation du virus, citons d’abord les fermetures imposées des commerces et magasins physiques et les autres mesures d’urgence qui ont fortement concerné de nombreux secteurs, parmi lesquels le commerce de détail, les loisirs, le tourisme, l’horeca, le transport et les événements. À cela s’ajoute, indépendamment du secteur, les entreprises non essentielles dans l’impossibilité de mettre en œuvre le télétravail à domicile et les règles de distanciation physique. Si tous les secteurs sont en moyenne négativement affectés, la baisse des ventes ou l’arrêt des ventes à défaut d’e-commerce met en danger les entreprises et indépendants, en particulier les plus petites structures qui ne disposent pas d’une trésorerie suffisante pour faire face à une crise qui perdure.

Selon la dernière enquête (publiée le 16 février 2021) de l’Economic Risk Management Group (ERMG), la perte de chiffre d’affaires moyenne des entreprises belges (compte tenu de la taille des entreprises et de la valeur ajoutée des secteurs) est toujours inférieure de 10 % à la normale. Les entreprises ne s’attendent pas à un solide redressement du chiffre d’affaires avant l’année prochaine, tandis que 2021 resterait une année de transition. Les secteurs les plus touchés actuellement s’attendent à d’énormes pertes de chiffre d’affaires en 2022, à savoir

  • les agences de voyages (‑31 %),
  • le secteur des arts, spectacles et services récréatifs (‑22 %),
  • l’horeca (‑13 %),
  • les professions de contact non médicales (‑10 %) et
  • le secteur des transports et de la logistique (‑6 %).

Les investissements devraient être 20 % inférieurs aux prévisions en 2021 et encore 12 % inférieurs en 2022, en raison de la crise du coronavirus. La perception du risque de faillite et des problèmes de liquidité reste une préoccupation pour les industries les plus touchées, les travailleurs indépendants et les petites entreprises.

Les données provisoires sur les chiffres d'affaires basés sur les déclarations de TVA (Statbel) pour le troisième trimestre 2020 indiquent une baisse du chiffre d'affaires total belge de 6 % par rapport à la même période en 2019. Les secteurs les plus touchés sont :

  • les agences de voyage, les voyagistes, etc. (NACE 79),
  • le transport aérien (NACE 51),
  • la fabrication d’autres moyens de transport (NACE 30),
  • le secteur de la culture (NACE 90 et 93),

avec une baisse des ventes de 43 à plus de 83 % au troisième trimestre 2020 par rapport à la même période en 2019. Au troisième trimestre 2020, 29 secteurs ont connu une augmentation de leurs ventes contre seulement 6 secteurs au deuxième trimestre 2020. Sur la base de l’écart entre les évolutions du chiffre d’affaires des secteurs, nous pouvons en conclure que les chocs sur les chiffres d’affaires au troisième trimestre ont été moins divergents qu’au deuxième trimestre 2020.

Outre la baisse des dépenses de consommation et d’investissement (choc de demande), les entreprises de différents secteurs sont confrontées à des perturbations de l’offre (problèmes d'approvisionnement, de rupture des stocks, de liquidité).

En ce qui concerne la demande externe, les échanges directs de biens et services sont également impactés. Le commerce extérieur de la Belgique est essentiellement orienté vers l’intra-UE, en particulier vers l'Allemagne, la France et les Pays-Bas. De tous les partenaires commerciaux européens, la France occupe la troisième place en termes d'importations, principalement avec :

  • des produits de l'industrie chimique ou des industries connexes (21,39 %),
  • du matériel de transport (14,25 %),
  • des machine et appareils, matériel électrique et leurs parties (12,74 %).

En termes d'exportations, la France se classe au deuxième rang avec

  • les produits des industries chimiques et connexes (17,86 %),
  • les métaux communs et ouvrages en ces métaux (12,13 %),
  • les produits minéraux (11,16 %).

La forte intégration de l’économie belge dans les chaînes de valeur mondiales est également à l’origine d’un effet en cascade : lorsque l’expansion de l'activité économique ralentit dans une région du monde, elle se fait également ressentir dans notre pays, éventuellement via des intermédiaires. La demande finale française, par exemple, représente 6,2 % de la valeur ajoutée belge, la demande allemande 5,6 % et la demande néerlandaise 4 %. Le Royaume-Uni, actuellement durement touché par le coronavirus, génère 3,8 % de notre valeur ajoutée contre 2,4 % pour l’Italie, tandis que la demande finale totale de la Chine représente 1,9 % de la valeur ajoutée belge.

Le commerce extérieur de biens de la Belgique a accusé une baisse à un an d’écart moins prononcée au troisième trimestre 2020 qu’au deuxième trimestre 2020. Les exportations (-6 %) et les importations (-3 %) en valeur ont principalement diminué en raison d'un recul des échanges extra-européens. Exprimées en volume, tant les exportations que les importations ont régressé de 2 %.

Les exportations qui ont le plus diminué par rapport au troisième trimestre 2019 sont celles

  • des produits minéraux (-37 %),
  • des cuirs, peaux, cuirs et pelleteries (-30 %),
  • des objets d’art (-22 %).

Pour les importations, les produits les plus touchés sont

  • les armes et les munitions (-47 %),
  • les produits minéraux (-37 %),
  • les cuirs, peaux, cuirs et pelleteries (-26 %).

En revanche, des évolutions positives sont également observées.

Au niveau des exportations, la plus grande évolution positive a concerné

  • les chaussures, les coiffures, les parapluies, les parasols... (+14 %),
  • les graisses et huiles (+6 %),
  • les marchandises et produits divers (+3 %).

Du côté des importations, l’orientation à la hausse a été remarquable pour

  • les objets d’art (+59 %),
  • les graisses et huiles (+17 %),
  • les ouvrages en pierres et plâtre (+10 %).

Entre avril et octobre 2020, les exportations ont chuté alors que les importations étaient déjà en recul en mars 2020, un mois plus tôt. Les baisses les plus importantes ont été constatées entre mars et mai.

Le nombre de primo-assujettis à la TVA, tous secteurs confondus, a crû de 4,8 % à un an d’écart en novembre 2020. Cette évolution correspond à 317 créations de plus qu’en 2019 à la même période. Les mois de mars, avril et mai 2020 ont été caractérisés par une baisse de la création d’entreprises à un an d’écart. En revanche, à partir du mois de juin 2020, on a enregistré plus de nouvelles entreprises  qu’en 2019.

Sur le marché du travail, la dernière enquête sur les forces du travail portant sur le troisième trimestre 2020 montre que 91,5 % des personnes occupées un an plus tôt ont gardé leur travail, 6,3 % sont devenues inactives tandis que 2,2 % recherchent un emploi. Quant aux chômeurs enregistrés un an plus tôt, 41,1 % sont restés au chômage alors que 29,3 % de ces derniers ont trouvé un travail et 29,6 % sont devenus inactifs. Un autre aspect actuel du marché du travail concerne les défis auxquels sont confrontées les entreprises en matière d’organisation du travail à la suite de la crise du Covid-19 : d’une part, le télétravail à domicile qui est devenu, si possible, la règle et, d’autre part, les réductions d’effectifs qui ont été consécutives à la contamination de leur personnel.

Depuis le mois de février 2020, les sociétés belges impactées par le Covid-19 peuvent invoquer le régime de chômage temporaire. Selon les données prévisionnelles de l’Office national de l’emploi (ONEM) du 15 février 2021 qui concernent le mois de janvier 2021, 70.340 employeurs ont introduit une telle demande, ce qui équivaut potentiellement à un total de 408.047 travailleurs. En décembre 2020, le nombre de demandes a été d’un même ordre de grandeur, avec respectivement 73.649 employeurs et 387.865 travailleurs. Les activités ci-après représentent les secteurs ayant enregistré, en janvier 2021, le plus grand nombre de demandes de chômage temporaire exprimé en pourcentage du total des demandes :

  • la restauration (NACE 56) (13,76 %),
  • les services liés aux bâtiments et aux paysages (NACE 81) (11,78 %)
  • le commerce de détail, à l’exception des véhicules automobiles et des motocycles (NACE 47) (5,64 %).

Les chiffres de l’Institut des Comptes Nationaux (ICN) du 29 janvier 2021 (estimation flash) pointent pour le quatrième trimestre 2020 une croissance du PIB de 0,2 % par rapport au troisième trimestre 2020. Comparativement au quatrième trimestre 2019, le PIB aurait diminué de 4,8 %. La ventilation par branche d’activité montre un redressement de la valeur ajoutée dans l’industrie (+4,7 %) et la construction (+3,3 %), alors qu’elle a baissé dans les services (-0,6 %) par rapport au troisième trimestre 2020. Alors que l’incidence négative de l’expansion du coronavirus sur la croissance économique a été relativement limitée au premier trimestre 2020, la baisse de la demande et de l'offre, au travers des perturbations dans les chaînes d'approvisionnement mondiales, ont amplifié ses conséquences économiques à partir du deuxième trimestre 2020.

L’indice des directeurs d’achat PMI IHS Markit (PMI pour purchasing managers index) de l’activité totale dans la zone euro témoigne d’une nouvelle contraction des activités du secteur privé et s’établit à 47,8 en janvier 2021 contre 49,1 en décembre 2020 (niveau demeurant inférieur au seuil de 50 au-delà duquel le secteur est en croissance). Alors que le secteur manufacturier semble tirer la croissance vers le haut, son indice se situant à 54,8 contre 55,2 en décembre, la faiblesse dans le secteur des services dont l’indice demeure inférieur à 50 (45,4 en janvier 2021 contre 46,4 en décembre 2020), ralentit la croissance dans la zone euro.

Dans ses projections du 11 février 2021, le Bureau fédéral du Plan envisage pour l’économie belge, une croissance du PIB de 4,1 % en 2021 (contre +6,5 % selon l’estimation précédente réalisée en septembre 2020).

L’OCDE développe dans ses perspectives économiques du 1er décembre 2020 un scénario prenant en compte la résurgence de la deuxième vague de la pandémie. Ainsi, le PIB belge progresserait de +4,7 % en 2021, après sa forte contraction de 6,2 % en 2020.

Dans ses prévisions d’hiver (février 2021), la Commission européenne envisage une croissance du PIB belge de 3,9 % en 2021 et de 3,1 % en 2022.

Dans ses recommandations spécifiques par pays, la Commission européenne souligne que l'activation de la clause dérogatoire générale permet de s'écarter temporairement de la trajectoire d'ajustement en vue de la réalisation de l’objectif budgétaire à moyen terme. Cela permettra à nos autorités d’avoir une marge de manœuvre nécessaire pour lutter efficacement contre la pandémie (notamment en renforçant la résilience du système de santé), stimuler l'économie et soutenir la reprise. Afin de limiter les dommages économiques et de favoriser la reprise, la Commission européenne mentionne que le mécanisme d'investissement doit également être stimulé, en lançant des projets aboutis d'investissement (axés sur une transition numérique et verte) et encourageant les investissements privés.

Comment le virus affecte l'économie mondiale

La Chine, berceau de l’épidémie, a été le premier pays lourdement touché. Fortement intégré dans les chaînes de valeurs mondiales, le pays est devenu un acteur économique mondial majeur. La Chine est désormais la deuxième économie mondiale avec une part de 16,35 % dans le PIB mondial et de 13,25 % dans les exportations mondiales de marchandises. Les chiffres de l’indice PMI indiquent une poursuite du redressement économique en Chine : bien que légèrement en recul, les données du secteur manufacturier (General Manufacturing PMI) de janvier 2021 (51,5 contre 53,0 en décembre 2020) confirment la poursuite de la reprise et l’amélioration des conditions de production. Il en est de même pour l’indice PMI des services (China General Services PMI Index) qui est revenu de 56,3 en décembre 2020 à 52,0 en janvier 2021. Toutefois, l'impact économique ne s'est pas limité à la Chine. En raison de l’évolution exponentielle du nombre de contaminations dans d’autres zones géographiques, des mesures ont été adoptées pour faire face à la crise mondiale sanitaire, économique et humaine sans précédent.

Mc Kinsey & Oxford Economics ont revu (30 octobre 2020) la croissance du PIB mondial pour l'année 2020 à -7,2 % selon le meilleur des scénarios (récurrence du virus avec un fort rebond de l’économie mondiale en 2021) et à -9,7 % selon le pire des scénarios (récurrence virale, croissance économique à long terme faible et insuffisante pour assurer une reprise économique complète, interventions économiques inefficaces). La croissance de la zone euro a été revue respectivement à -11,1 % et à -13,5 %. Les États-Unis verraient leur croissance économique atteindre -8,8 % dans le premier scénario et -11,3 % dans le second. Pour la Chine, la croissance est estimée à -0,4 % dans le meilleur scénario et à -5,1 % dans le pire.

Pour sa part, la Commission européenne (février 2021) estime que la crise Covid-19 a eu un impact économique négatif très important en 2020 sur l’UE et la zone euro et que son impact direct, tous canaux confondus, a entrainé un recul du PIB réel de l’UE (-6,3 %) et de la zone euro (-6,8 %). En 2021, la Commission européenne prévoit en revanche un rebond de +3,7 % pour l’UE et de +3,8 % pour la zone euro.

Selon les perspectives économiques de l’OCDE du 1er décembre 2020, l’activité économique mondiale se contractera en 2020 (-4,2 %) avant de se redresser en 2021 (+4,2 %). Le PIB de la zone euro reculera de 7,5 %, avant de rebondir à +3,6 % en 2021. Les reculs prévus pour la France (-9,1 %) et l’Italie (-9,1 %) en 2020 sont plus sévères que pour l’économie allemande (-5,5 %). En revanche, en 2021, la France et l’Italie enregistreront un accroissement de leur PIB (+6,0 % et +4,3 %) plus significatif que celui de l’Allemagne (+2,8 %). Concernant les États-Unis, l’OCDE s’attend à une baisse du PIB de 3,7 % en 2020 et à un rebond de +3,2 % en 2021. Pour la Chine, les prévisions de croissance restent positives : +1,8 % en 2020 et +8 % en 2021.

Cette analyse a été clôturée le 17 février 2021.

Le SPF Economie suit de près les développements économiques résultant du coronavirus sur la base des statistiques officielles et met régulièrement à jour cette analyse. 

Dernière mise à jour
24 février 2021